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07/08/2009

Le XIXè siècle et la virginité

Entre 20h30 et 22 heures ce soir, je regardais Giselle. Le ballet de l'Opéra de Paris  - représentation de 2006 si je me souviens bien - était rediffusé sur je ne sais quel réseau.

Que de blanc, que de blanc ! Au fait il y a 27 danseuses sur scène. Il y a Gisèle bien sûr, la reine des Wilis, plus deux premières Wilis et les 24 danseuses du corps de ballet qui font les autres Wilis. Les Wilis sont les âmes des jeunes filles mortes vierges avant leur mariage. Ca fait une masse de 24 danseuses derrière le rôle principal et la Reine avec ses deux dauphines, bien symétrique. Tout ça vous donne une impression de carrousel en tulle blanc qui au fait préfigure toutes les comédies musicales américaines des années 40 et suivantes. Esther Williams et la natation synchronisée doivent tout à Giselle. C'est clair.

Moi je me demande, qu'avait donc le XIXè siècle pour commettre une chose telle que Giselle ?

Au fait, Giselle c'est la revisitation par Théophile Gautier d'un mythe allemand, une sombre histoire qui se passe dans une forêt dans le haut Moyen Age. Visuellement, ça nous rapelle le goût pour le gothique qui est explosé en plein à ce moment là. Ca se passe dans un petit village allemand, ça me fait penser à Goslar. Giselle devient folle car le Prince Albrecht lui a fait croire qu'il l'aimait. Et Nicolas Le Riche (qui incarne un des rares rôles masculin du ballet) a bien du mérite pour se retrouver toujours seul, au milieu de 26 gonzesses en tulle blanc, à sauter et faire des bonds de presque un mètre qui me laissent stupéfiée. Car voici Albrecht qui s'avance la nuit, drapé dans une immense cape en velours bleu nuit. Il marche à pas lents vers la tombe de Giselle. Il porte une magnifique gerbe de lys blancs, symboles de pureté. C'est très bien vu, très scénographique. Il marche en long et en large sur la scène. Là je me rend compte que Giselle c'est aussi de la pantomime. Du coup on voit bien les lys blancs, qui tranchent dans la nuit dans laquelle est plongée la scène, et sur le bleu foncé de la cape du prince. On l'oblige d'ailleurs à faire des pas rapides et des mouvements avec sa cape qui me font - hélas - penser  à Batman. C'est limite ridicule. Cependant le danseur est incroyablement fort et masculin. Le collant, bleu clair, la chemise bouffante, le justaucorps en velours dans la grande tradition romantique n'enlèvent rien à sa présence. Il porte Giselle qui fait ses équilibres sur une pointe. C'est incroyable. Lui est bien ancré dans le sol malgré la succession d'entrechats hyper rapides qu'on lui fait faire. On dirait un peu le tour de force d'un cheval de cirque à la rigueur. D'ailleurs le public applaudit. Comme dans le grand air du ténor.

Et hop, les Wilis arrivent. Ce sont des spectres. Au fait toutes les femmes sont des êtres désincarnés, éthérés et vaporeux. Elles vont cependant,  dans une chorégraphie hyper structurée, telles un bataillon de fantassins enfermer dans leur danse le garde chasse et le faire mourir. Elles doivent également faire mourir Albrecht. Et pourtant elles sont toutes fragiles, toutes légères, les bras croisés sur la poitrine, et les petites ailes dans le dos, au fait, de minuscules ailes de papillon accrochées à la taille. Le costume est très joli. Elles sont coiffées en bandeau. Le decolleté est en pointe, laissant les épaules découvertes, comme dans les portraits de Wintherhalter ou Betty de Rothschild par Ingres. Elles ont des couronnes de mariées sur la tête. Tout est blanc. La méchante reine porte un diadème très Sissi sur la tête. Elle est magnifique. Elle aussi porte des gerbes de fleurs, blanches. Giselle lui apporte des roses, blanches. Sur sa tombe il y avait des marguerites toutes simples. Albrecht lui apporte des lys. Ces quelques fleurs Madame... au fait de nos jours il n'y a plus que la famille royale d'Angleterre pour recevoir des fleurs des petites filles. J'aime bien la Reine Elisabeth II quand elle s'approche des barrières et qu'elle prend gentiment les bouquets qu'on lui offre et qui doivent ensuite atterrir dans les bras de je ne sais quel valet de cour, derrière, hor champ caméra. Bref.

La danseuse qui joue Giselle est très maigre. Elle est parfaite. Elle fait ses arabesques d'une façon incroyable. Au fait, c'est pour mieux montrer l'évanescence du personnage qu'il est toujours montré en équilibre sur une pointe. Un truc de malade ! Je pense qu'un peu plus tard nous aurons la dame aux Camélias et sa phtysie galopante. Nous avons déjà eu Lucia de Lammermoor et sa folie. Les romans gothiques. Et les gens ont adoré ça !

Je constate que Giselle a été créé en 1841. Un an plus tard, Verdi écrivait Nabucco. Nous sommes entre deux révolutions, bientôt '48. J'ai un peu de mal à comprendre. Et pourtant Ingres c'est pas mal ! Nous sommes à l'époque de Balzac, Chopin et George Sand. Et j'oublie que Giselle fait partie de ce même monde. Comme au XVIIIe siècle, on peut avoir Boucher (que je trouve terriblement miève) et Boilly et des maîtresses femmes comme Mme de Staël et la marquise de la Tour du Pin. Disons pour simplifier qu'il faut de tout pour faire un monde. J'ai du mal avec les porcelaines de Meissen, alors qu'un bronze de Jacob je ne crache pas dessus. Je peux écouter Verdi et Rossini, mais Giselle - malgré les danseuses de l'Opéra de Paris et Nicolas Le Riche, j'ai du mal à arriver au bout.


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