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02/07/2016

Femmes photographes - Institut du Monde Arabe

Le titre de cette note est décalé, en effet, la grande exposition du moment est consacrée au jardin andalou.

L'IMA a installé sur la piazza un jardin moderne mais avec tous les éléments du jardin arabe. Le point culminant de cette création contemporaine étant une anamorphose que l'on peut comprendre en montant sur une passerelle qui fait le tour du jardin et en se juchant sur la pointe des pieds (pour moi qui ne fait qu'1'70 m) afin de voir les différentes plateaux de mosaïque de fleurs composer une étoile typiquement andalouse. Mais la magie opère aussi quand on regarde la chose avec son portable ou à travers un objectif d'appareil photo. Immédiatement les éléments s'assemblent - qu'on ne voit pas à l’œil nu - pour vous montrer ça :

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Plus loin, l'installation est plus convenue mais agréable, avec une petite cascade et surtout des centaines de grands pots en terre cuite contenant des rosiers dont la plus part sont parfumés. Hélas, nombreux avaient perdu leur étiquette et nous ne pouvions pas retrouver leurs noms.

La végétation était composée d’arbustes typiquement méditerranéens, myrte, lavande, menthe, arbres d'oliviers, orangers, jasmin.

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J'espère qu'un de mes amis qui travaille à l'institut me dira quand tout ça va être démonté car je me demande ce que deviendront toutes ces plantes !

L'exposition est intéressante. Personnellement je l'ai trouvé trop dense, car le sujet est très vaste et l'iconographie importante dès que l'on s'attaque au jardin moghol par exemple, ce qui fait, que si on a envie d'apprécier le jardin qui se visite à la fin, une fois être passé par la boutique, on est littéralement épuisé.

Dans l'exposition j'ai été frappée par quelques œuvres contemporaines, notamment des photos.

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Grandma - 31 janvier 2012 Soody Sharifi

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Picnic - 31 janvier 2012 Soody Sharifi

Ces deux photos sont très grandes, surtout la dernière. Sur les étiquettes uniquement le nom de l'artiste sans aucune notice biographique. Je les ai donc griffonnés sur un papier pour chercher des informations sur elles plus tard.

En face il y avait cette autre image, d'un style complètement différent :

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Reflecting - 2008 Lateefa Bint Maktoum

Hélas, la reproduction ne donne qu'une faible idée de la transparence des couleurs et de leur harmonie ainsi que de la netteté des détails (notamment les fleurs et les herbes).

Le commissaire avait accroché "Grandma" et "Reflecting" l'une à côté de l'autre. Sur le mur opposé il y avait "Picnic".

Soody Sharifi est d'origine iranienne mais vis aux Etats-Unis. Elle est arrivée aux Etats-Unis à l'âge de 17 ans vers le milieu des années 70. La révolution islamique en 1979 a fait qu'elle est restée la-bas. Au départ elle a suivi un cursus scientifique, elle est sortie de l'Université de Houston avec un BS en Industrial Engineering en 1982. C'est bien plus tard qu'elle reprend des études d'art et obtient en 2002 son Master of Fine Arts in Studio Photography toujours dans la même université. Elle s'interroge sur la place de la femme dans la société iranienne bien sûr, et dans l'espace tout court. Ses photos sont très intéressantes. C'est une réflexion sur l'extérieur et l'intérieur, tout comme sa consœur émiratie.

Elle a également fait une série tout à fait étonnante en partant des miniatures mongoles, en les éclatant et les découpant pour les recomposer et en y incluant des photos de personnages. Allez y jeter un coup d’œil :

boys night out.jpg

Boys night out - 31 janvier 2015

http://soody-sharifi.com/

Lateefa Bint Maktoum est une princesse appartenant à la famille régnante des Émirats Arabes Unis. Elle est très jeune, 31 ans. Rien à voir avec Soody Sharifi.

Nous avons ici deux mondes, Iran, Émirats, une religion en commun l'Islam, mais deux femmes qui sont artistes et ont une vision artistique très forte.

Princesse Lateefa a étudié dans une école britannique. Elle explique dans une interview pour un site dubaïote, que c'est sa professeur d'art plastique qui à la fin du collège, au moment crucial où on doit choisir pour le reste de sa vie d'étudiant son option majeure, qui étonnée qu'elle n'ait pas choisi de poursuivre des études d'art lui a fait changer d'avis.

"L’art n’était pas considéré comme une option sérieuse pour une future orientation professionnelle. Quand j’étais au lycée j’étais dans un système scolaire britannique qui vous enseignait l’art aussi sérieusement que les maths ou les sciences, mais il fallait choisir certaines options très tôt dans notre scolarité, à la fin de la 3ème (9th grade). Ils nous mettaient dans la tête que ce choix aurait déterminé le reste de notre vie ! Maintenant, je me rends compte que ce n’est pas vrai, mais ce fut un moment crucial pour moi.

Comme premier choix je n’ai donc pas coché art. Ma prof d’art plastique ramassant mon formulaire s’est exclamée « Mais que fais-tu ? Tu ne choisis pas art ? » Je ne savais pas quoi lui dire car j’adorais ça mais après la 3ème, quand on choisit ses options, ça devient vraiment sérieux, on commence à étudier l’histoire de l’art, à créer véritablement une œuvre. Or elle avait vu du potentiel en moi, j’ai donc coché la case art et depuis je lui suis reconnaissante d’avoir su discerner mon potentiel. Elle m’a donné l’élan. Elle m’a dit « Tu peux le faire »."

Lateefa a beau être la fille d'un ancien roi et la nièce du roi actuel, elle n'en était pas moins hésitante sur sa capacité à être artiste. Elle raconte qu'elle se demandait si poursuivre ses études en arts plastiques à l'université, ne pas aller plutôt vers une option de décoration ou architecture d'intérieur. Mais son père l'a soutenue étant persuadé qu'elle prendrait toujours la bonne décision. Sa mère était un peu plus inquiète mais l'a toujours suivie.

Après ses études, elle s'est vite rendu compte qu'il n'existait pas d'endroit où les étudiants en arts plastiques puissent se rencontrer et travailler ensemble. Le net était la seule plateforme où exposer son travail et correspondre. Parfois dans une exposition, elle pouvait croiser des artistes sans savoir que c'étaient ceux dont elle avait commenté l’œuvre sur internet ou qui avaient posté des commentaires élogieux sur son travail. Donc elle a décidé de créer un espace où tous - hommes et femmes - peuvent se rencontrer, échanger et apprendre, un espace mixte donc, ce qui est inhabituel dans la société arabe dans la quelle elle a été éduquée. Ce lieu s'appelle Tashkeel.

Sa vision de la place de l'art dans une société où les hommes et les femmes sont séparés (en anglais le terme employé est plus fort: "segregated") est très intéressante. Elle se rend parfaitement compte des problèmes tout en procédant d'une façon respectueuse des usages. Elle a constaté que beaucoup de jeunes femmes cessent toute activité artistique une fois terminées leurs études. Certaines ont des maris qui les encouragent. D'autres arrivent mieux à s'organiser et peuvent mener vie de famille et profession d'artiste. La plus part arrêtent ce qui est dommage. Elle explique aussi que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à pratiquer des activités artistiques, mais cela change. Au début les ateliers ouverts par sa structure accueillaient surtout des femmes, et puis les hommes ont commencé à venir.

Elle réfléchit elle aussi sur l'interaction entre le dehors et le dedans, car c'est une société où les gens ne dévoilent pas leur intimité et ne se mélangent pas. Elle explique qu'elle vit chez sa mère jusqu'au jour où elle se mariera et où elle ira vivre chez son mari ! Elle pense bien avoir des enfants mais cela ne l'empêchera pas de continuer à photographier, dessiner et peindre.

Évidemment, elle a des moyens immenses, mais elle sait les utiliser avec intelligence, elle s'interroge avec honnêteté sur son identité et va au bout des choses, comme l'atteste son œuvre et l'organisme qu'elle a créé, Tashkeel :

http://tashkeel.org/

http://www.lateefabintmaktoum.com/index.html

2011-observers of change 3.jpg

 

 

 

 

 

14:01 Publié dans Art | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Bello. Ci andrò!

Écrit par : livia lionnet | 03/07/2016

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