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04/11/2011

Herbsttag


J'écoutais vendredi soir la RTBF qui passait un documentaire sur un poète belge. Il parlait flamand. Tout était sous-titré. Mais parfois il se mettait au piano et chantait en français ou se mettait à déclamer un poème allemand et le voici qui dit :

Herbsttag

Herr, es ist Zeit. Der Sommer war sehr groß.

Leg deinen Schatten auf die Sonnenuhren,

und auf den Fluren lass die Winde los.

 

Befiehl den letzten Früchten, voll zu sein;

gib ihnen noch zwei südlichere Tage,

dränge sie zur Vollendung hin, und jage

die letzte Süße in den schweren Wein.

 

Wer jetzt kein Haus hat, baut sich keines mehr.

Wer jetzt allein ist, wird es lange bleiben,

wird wachen, lesen, lange Briefe schreiben

und wird in den Alleen hin und her

unruhig wandern, wenn die Blätter treiben.

Rainer Maria Rilke 1902

Un jour j'ai du apprendre par coeur ce poème, je pense qu'il devait s'agir de ma classe de seconde, je faisais Allemand deuxième langue. Je ne me rapellais que du premier vers : Herr es is Zeit. Der Sommer war sehr gross.

Du coup, j'ai cherché une traduction sur internet et je la trouve sur le site d'une Anglaise d'une trentaine d'année, spécialiste de littérature féminine, ayant écrit une thèse sur le sujet publiée chez Oxford University Press. Elle s'intéresse à la littérature allemande également. Comme elle a travaillé dans une librairie quand elle faisait ses études, sa maison est remplie de livres dont elle n'arrive pas à se séparer, mais le problème s'est posé au moment de son déménagement ! Ses notes à ce sujet sont très poétiques. C'est aussi une fan de tricot. D'ailleurs elle habite en Ecosse avec son compagnon et un labrador noir qui s'apelle Bruce, et elle est récemment partie dans les îles Shetland pour apprendre à tricoter des jacquards splendides.

Dans un post sublime auquel des dizaines d'internaute ont publié des commentaires extraordinaires sur les mérites de telle ou telle traduction de Rlile nous trouvons la traduction anglaise qu'elle trouve la meilleure de ce merveilleux poème qui parle de l'automne, ou de la fin de l'été  :

 

Lord it is time: Great was the Summer’s feast.

Now lay upon the sun-dials your shadow

And on the meadows have the wind released.

 

 

 

Command the last of fruits to round their shapes;

 Grant two more days of south for vines to carry,

 To their perfection thrust them on, and harry

 The final sweetness into the heavy grapes.

 

 Who has not built his house will not start now

 Who now is by himself will long be so,

 Be wakeful, read, write lengthy letters, go

 In vague disquiet pacing up and down

 Denuded lanes, with leaves adrift below.

Trans. Walter Arndt (1989)

A nouveau je suis fascinée par le fonctionnement de la toile, qui grâce au réferencement de certains mots clés, en fonction de vos intérêts vous amène preque par magie sur les sites de personnes dont vous ne soupçonniez pas l'existence. Allez rendre visite à Kate Davies. Elle a certainement des idées pour tricoter des pulls shetland aux pingouins new zelandais.

http://textisles.com/

Le post sur Rilke :

http://textisles.com/2011/09/19/herbsttag/

rambuddies.jpgdetail.jpgjs_knitrealshetland_fcvr_large.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

16:17 Publié dans Art, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0)

05/10/2011

Bussy Rabutin ou la rumeur à l'ère de la poste à cheval

J'étais en Bourgogne ce week-end, ce qui n'a aucun intérêt, à part le fait que j'ai fait un détour pour aller revoir le château de Bussy Rabutin.

Il y a trente cinq ans, c'était beaucoup plus rustique. Le parc n'avait pas été restauré. Le gardien des monuments historiques avait une veste d'uniforme bleu marine un peu élimée avec écrit MH sur les revers. Il avait bien arrosé son déjeuner ce qui rendait encore plus pittoresque la visite.

Aujourd'hui, il y a une magnifique boutique avec un choix extensif de livres sur le château, sur Bussy Rabutin, sur son illlustre cousine la Marquise de Sévigné et plein d'autres choses. Le guide est un grand (2 mètres) jeune homme se prénommant Florian, fort compétent et sympatique qui gère bien son public.

Bref. Je redécouvre avec ravissement un joyau de la province française et le personnage pittoresque qui a habité ce château. Roger de Bussy Rabutin se retrouva officier du Roy à 16 ans et il participa à la guerre de Trente ans. Mais il est surtout connu pour son libertinage et son esprit caustique qui lui valurent d'être embastillé et ensuite exilé sur ses terres pendant 17 ans.

Si vous voulez en savoir plus : http://www.bussy-rabutin.com/

Moi ce qui m'intéresse dans l'histoire de Bussy Rabutin c'est le motif de son exil.

Déjà en 1641, à 24 ans, il est envoyé à la Bastille par Richelieu pour une sombre histoire de contrebande de sel de la part de ses soldats, trafic qu'il aurait couvert.  Il y reste quelque mois, le temps pour lui de faire la connaissance de Bassompierre, autre personnage illustre. Deux ans plus tard, il se fait à nouveau remarquer alors qu'il sert sous le commandement du Grand Condé en Catalogne, car il participe à ce qui fut appelé la débauche de Lerida (une énorme orgie).

Ayant récemment perdu sa jeune femme (épousée en 1643) et étant sans le sou, il tente d'enlever une riche veuve (qui avait hérité de son père 1 200 000 livres) de 20 ans, madame de Miramion. L'histoire est incroyable, allez voir ici pour en avoir tous les détails, elle vaut le détour :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_Miramion

Après ce coup d'éclat (Madame de Miramion abandonna les poursuites au bout de 2 ans et lui pardonna), Bussy Rabutin se consacre à la carrière militaire. Mais en 1659 il fait à nouveau parler de lui

Pendant la semaine sainte, en avril, Vivonne (frère de Mme de Montespan) invita un groupe de gentilhommes parmi lesquels Philippe de Mancini, neveu de Mazarin, le Comte de Guiche, l'abbé Etienne le Camus, aumônier du roi, et Bussy Rabutin pour faire Carême à leur manière... Rien que du beau monde. Ce fut une débauche scandaleuse. Mazarin exila son neveu à Brisach et Roger de Rabutin est exilé sur ses terres.

Peu après, il rend visite à sa maîtresse, Mme de Montglas, qui est en convalescence à Lyon (autant dire qu'elle s'ennuie ferme). Bussy raconte dans ses Mémoires : « Pendant ce séjour, je m’amusai à écrire les amours de Mmes d’Olonne et de Châtillon, par complaisance pour Mme de Montglas, qui m’avait témoigné que cela la divertirait ». De retour en Bourgogne, il met en forme l’Histoire d’Ardélise (la comtesse d’Olonne) et l’Histoire d’Angélie et de Ginotic (le duc et la duchesse de Châtillon). S’y ajouteront plus tard La Partie de Roissy, le Portrait de Mme de Cheneville (Mme de Sévigné) et l’Histoire de Bussy et de Bélise (Mme de Montglas), le tout constituant l’Histoire amoureuse des Gaules.

Au fait tout cela, c'est de la langue de pute extrêmement élégante et bien écrite. D'une façon plus subtile, c'est du même niveau que la pauvre collégienne qui se retrouve filmée avec un téléphone portable dans une situation délicate et diffusée urbi et orbi via un réseau social. Bussy Rabutin aurait adoré internet. Mais comme pour internet, vous allez voir que l'histoire lui échappe.

Bref, Bussy n’entendait pas diffuser ce roman satirique mais le réserver à ses amis pour les distraire et briller par ses talents de plume. Or, il commet l'erreur de prêter son manuscrit à la marquise de La Baume qui se trouvait enfermée dans un couvent (son mari l'avait fait enfermer à cause de son inconduite) et qui s'ennuie ferme. Au lieu de le lui rendre au bout de 24 heures, elle le garde deux jours. A son insu, elle fait une copie du manuscrit et le divulgue. Là j'ai l'impression de vivre en version manuscrite et XVIIème, le forwardage d'un mail que l'on pensait personnel.

Les conséquences sont catastrophiques car la satire n'est pas tendre."Il a le trait vif, impitoyable. Ceux qui se reconnaissent, comme Mme de Sévigné, se fâchent. Les lecteurs s’en réjouissent." comme l'explique si bien M. Daniel Henri Vincent spécialiste de Bussy Rabutin.

Malgré ses dénégations, Bussy Rabutin ne parvient pas à se disculper aux yeux de Louis XIV qui l'envoie à nouveau à la Bastille et ensuite le contraint à l'exil dans ses terres de Bourgogne.

Les conséquences sont lourdes, quand on pense qu'il ne s'agit que de vulgaires histoires de cul (je schématise), mais cela ne vous rapelle-t-il pas quelque chose ? Cette photo d'un couple célèbre qui valu au patron de presse non pas la Bastille (heureusement ça n'existe plus de nos jours) mais l'équivalent d'une lettre de cachet : sa démission ? Comme hier, le pouvoir n'aime pas qu'on le fragilise de cette façon. Toutes ces histoires savoureuses que racontait avec délices Bussy Rabutin n'étaient pas bonnes à être répétées. D'où son enterrement en Bourgogne par ordre du monarque.

On pourrait penser que tout ça va le calmer. Et bien non! Dans une tour du château, son bureau, Rabutin a placé toute une série de portraits de femmes illustres de son temps, "mes belles amies" comme il l'explique dans ses mémoires. Il a placé sous les tableaux des inscriptions qui donnent des indications sur leur conduite, laquelle est rarement irréprochable.

Exemple de sa prose :Isabelle Angélique de Monmorancy,
"fille de Bouteville, duchesse de Chatillon puis princesse de Meclebourg,
à laquelle on ne pouvait refuser ny sa bource ny son cœur
mais qui ne faisoit pas cas de la bagatelle."

Toutes sont gratifiées de ce genre de description. Quand elles l'ont su, elles ont cessé d'envoyer leurs portraits.

On imagine combien un homme de ce style a du s'ennuyer loin des affaires et de la cour.

Ce qui m'interroge, c'est le fait que dans un monde sans communications à part la poste à cheval, des personnages pouvaient si rapidement, alors qu'ils se trouvent à des distances considérables, se transmettre des nouvelles si vite et les répandre également aussi vite. Voyez la correspondance assidue et si riche entre la Marquise de Sévigné et sa fille Françoise, Comtesse de Grignan. L'une résidant en Bretagne l'autre près d'Aix en Provence, elles s'écrivaient deux à trois lettres par semaine. Bussy conserva les lettres que lui écrivait sa cousine.

Rabutin ne pouvait s'empêcher de faire de bons mots, de raconter de bonnes histoires. La preuve, elles sont parvenues jusqu'à nous. Mais au bout de 17 ans passés au fond de la Bourgogne, quand il est finalement invité au Lever du Roi (distinction suprême) plus personne ne le remarque à Versailles. Il est d'un autre temps. La mort dans l'âme, il rentre dans son château.

Finalement, quand je tombe sur des romans qui ont fait la une de l'actualité sur les tables d'un vide-grenier je souris.  Que retiendrons-nous du règne de François Mitterrand, peut-être un livre d'une journaliste. De la Sarkozie il est encore trop tôt pour en parler, il est clair que plus personne ne se souvirendra de Mme Dati et de ses tailleurs Dior.

Mais les lettres de la Maquise de Sévigné, nous les lisons encore; et les savoureux Mémoires de son cousin, Roger de Bussy Rabutin, ont traversé les siècles.

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01:41 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0)

06/03/2011

Je suis allée au Apple store d'Opera

 Mon filleul étant de passage chez moi à Paris a eu le malheur de brancher son Iphone sur la prise que l'électricien qui a des jeans taille basse avait réparée.

Un éclair d'électricité et une plongée dans le noir plus tard, je réalise que la prise est foutue. Le chargeur multi prises et avec port USB blanc, magnifique, de mon filleul est légèrement grillé aussi. Nous convenons d'aller en racheter un autre. J'y tiens. C'est trop la honte tout de même ! Non seulement il risque l'életrocution en dormant dans le canapé-lit de sa marraine mais en plus on lui carbonise son chargeur. A la question, tu sais où il y a un Apple store, mon filleul a une réponse immédiate.

Du coup j'ai la joie de découvrir ce temple de la branchitude chic qu'est l'Apple store d'Opéra. C'est exactement le genre d'endroit où l'idée d'entrer ne me traverse même pas l'anti-chambre du cerveau.

Le A.S. se situe dans ce qui était le siège d'une grande banque, rue Halevy, derrière l'Opéra. D'ailleurs c'est assez marrant de voir comment tout est resté tel quel, les escaliers, les carrelages, les mosaïques, le sol. Nous avons l'impression d'entrer dans une banque, mais à l'intérieur ce n'est pas du tout ça.

Mon filleul sort son Iphone pour prendre une photo de l'entrée alors que je fais au même moment remarquer combien je trouve ridicule le gars qui photographie sa copine devant l'entrée. Gaffe ! Mais non mon filleul le prend très bien. Je comprend qu'il s'agit d'un rituel. Si tu aimes Apple, devant le nouvel Apple store d'une ville que tu ne connais pas tu prend la photo, "Veni Vidi Vici". Je comprends a posteriori, que l'année dernière j'aurais peut-être du entrer dans l'A.S. de Sydney.

Bref. Une fois dedans, je suis assez grisée. Je trouve l'endroit très agréable. Et puis, les produits Apple sont très bien dessinés. Ce sont de beaux objets. En plus, j'ai de la chance, j'ai avec moi un spécialiste qui m'explique comment ça marche, très bien, très patiemment, sans me prendre pour une débile. Dans le fond, c'est assez facile, c'est très intuitif, les gens qui bossent pour M. Steve Jobs sont géniaux. Voilà que je suis en train de me convertir à la religion de la pomme !

Je jouais avec un Iphone 4 dernière génération quand mon filleul me pousse du coude. Il me montre deux gars, plutôt rustres, habillés comme des sacs qui sont en train d'acheter 10 Iphones et payent en cash ! Je vois les liasses d'euros rouler dans leurs mains. La machoire m'en tombe. Comme je ne sais pas me tenir, je fais remarquer aux deux jeunes gars russes (nous avons vu leurs passeports) que c'est une chance que Paris soit une ville sûre car ce n'est pas très prudent de se promener avec autant de liquide sur soi. Un mètre plus loin, un touriste indien très chic est en train d'effectuer le même type de transaction et paye avec des coupures d'euros que je ne connais pas, c'est un billet de combien le billet violet ?

Tous les vendeurs, facilement reconnaissables à leur T-Shirt bleu schtroumpf peuvent encaisser directement dans des petits tiroirs caisses qui sont camouflés dans le comptoir. Des terminaux de cartes de bleu se trouvent a proximité de toutes les tables où se trouvent les produits Apple. Hic. Je paye en chèque. Et oui, non seulement je suis nulle en informatique, je n'ai pas de Mac chez moi, je n'ai pas non plus de smartphone et mon lecteur MP3 est un ZEN mais en plus je n'ai plus de carte bleue car je l'ai perdue le 28 février !

Le drame... On me conduit à la seule caisse qui accepte les payements en chèques et je constate que je ne suis pas la seule. Sauf que mon produit ne coûte que 29 euros. La dame qui achète un sublime I Mac 29 pouces (environ 2000 euros) à son petit fils ne paye pas en cash elle, elle ne se trimbale pas avec 4000 euros comme ça dans ses poches, elle ! Ca me rassure ! Mais le schtroupf qui est à la caisse ne sait absolument pas comment encaisser un chèque ! Je sauve la situation en sortant un billet de 50  (pour moi c'est une grosse coupure ...).

Je sors de là assez contente. Je me suis bien amusée. Je remercie mon filleul qui m'a expliqué comment télécharger l'application de ma chaîne, on ne voyait que France 24 dans leurs Ipad, ce qui m'a donné une idée. Il faut que le directeur de l'interactivité ou la directrice de la com. se bougent un peu le cul chez nous.

J'ai pensé que si je n'avais pas un filleul de 17 ans, jamais je n'aurais osé entrer dans ce genre d'endroit. Du coup, nous sommes descendus jusqu'au Palais Royal, il faisait un temps radieux hier, et je l'ai fait entrer dans l'espace Shisheido. C'est plutôt le genre d'endroit où j'entre. Chacun son univers, mais nous partageons des choses malgré nos différences. C'est ça l'important. S'accepter chacun avec ses différences et ne pas chercher forcément à tout comprendre.

 

opera_gallery_image1.jpgopera_gallery_image12.jpgL'A.S. d'Opéra a ouvert ses portes en juillet. Mais même en hiver, les schtroumpfs sont en T-shirt bleu.

00:23 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1)